Il y a les livres qu’on aime. Ceux qu’on recommande, ceux qu’on garde précieusement dans sa bibliothèque, ceux auxquels on repense encore plusieurs années après les avoir refermés.
Et puis il y a une catégorie encore un peu différente : les livres qu’on aimerait pouvoir oublier.
Pas parce qu’on ne les a pas aimés. Bien au contraire.
Simplement parce qu’on voudrait retrouver cette sensation impossible à reproduire : celle de la toute première lecture. Ne rien savoir de l’histoire, ne pas anticiper ce qui va arriver, découvrir les personnages pour la première fois et, surtout, pouvoir encore être surpris.
Si je pouvais effacer cinq livres de ma mémoire uniquement pour avoir le bonheur de les redécouvrir, voici ceux que je choisirais.
Les Refuges — Jérôme Loubry

S’il y a bien un livre que j’aimerais pouvoir lire à nouveau sans rien en connaître, c’est Les Refuges.
Jérôme Loubry fait partie de ces auteurs capables de nous entraîner dans une histoire en nous laissant croire que nous savons parfaitement où nous mettons les pieds. On avance, on échafaude des hypothèses, on pense avoir compris certaines choses…
Et puis non.
C’est précisément ce qui rend une deuxième lecture forcément différente. Lorsqu’on connaît les réponses, notre regard change. On remarque les indices, les petits détails, tout ce qui était pourtant sous nos yeux.
C’est passionnant à relire ainsi, mais j’aimerais malgré tout retrouver la surprise totale de ma première lecture.
L’Île des chasseurs d’oiseaux — Peter May
Tome 1 de La Trilogie écossaise

Dans ma bibliothèque, je possède l’édition reliée regroupant toute La Trilogie écossaise. Mais c’est bien son premier tome, L’Île des chasseurs d’oiseaux, que je place dans cette sélection.
Ici, ce n’est pas uniquement l’intrigue que j’aimerais redécouvrir.
C’est aussi une ambiance.
L’île de Lewis, les paysages écossais, le vent, l’isolement, cette atmosphère presque palpable… Peter May crée un véritable univers dans lequel on entre progressivement.
Il y a évidemment l’enquête, les secrets et tout ce que l’on découvre au fil du roman, mais mon souvenir de cette première lecture est également très lié à l’impression d’avoir découvert un lieu en même temps qu’une histoire.
J’aimerais pouvoir retourner sur cette île sans savoir ce qui m’y attend.
Cette nuit-là — Linwood Barclay

Imaginez rentrer chez vous et découvrir que toute votre famille a disparu.
Pas un simple retard. Pas une absence prévue.
Disparu.
C’est le point de départ de Cette nuit-là, et rien que cette idée suffit à créer l’une de ces questions auxquelles on veut absolument obtenir une réponse : mais que s’est-il passé ?
C’est exactement le genre de thriller pour lequel j’envie parfois les personnes qui ne l’ont jamais lu.
Elles peuvent encore ouvrir la première page avec toutes les possibilités devant elles. Elles peuvent soupçonner, imaginer, se tromper et chercher la vérité en même temps que les personnages.
Moi, je sais.
Et parfois, savoir est vraiment frustrant !
Tout un été sans Facebook — Romain Puértolas

Celui-ci apporte une touche très différente à ma sélection.
Avec Tout un été sans Facebook, Romain Puértolas nous entraîne dans un univers beaucoup plus décalé, drôle et improbable.
C’est justement ce que j’aimerais retrouver : l’effet de surprise permanent de cette première découverte.
Parce qu’un livre n’a pas besoin de nous traumatiser avec un énorme retournement de situation pour nous donner envie de l’oublier et de recommencer. Parfois, on voudrait simplement retrouver le plaisir d’entrer dans un univers dont on ne connaît ni le ton ni les folies à venir.
Et avec celui-ci, je serais ravie de pouvoir retrouver cette fraîcheur-là.
Shutter Island — Dennis Lehane

Que dire de Shutter Island sans dire précisément ce qu’il ne faut surtout pas dire ?
Pas grand-chose.
Et c’est justement pour cela qu’il est ici.
Si vous ne connaissez ni le roman ni son adaptation cinématographique, mon conseil est très simple : n’essayez surtout pas d’en savoir davantage avant de le découvrir.
Parce que certaines histoires reposent en partie sur ce que nous croyons comprendre pendant notre lecture. Et lorsque cette perception change, notre rapport au livre change avec elle.
On peut relire Shutter Island. On peut même prendre énormément de plaisir à le faire et observer l’histoire d’une manière totalement différente.
Mais on ne pourra jamais vraiment reproduire cette première fois.
Et ceux qui l’ont lu savent exactement pourquoi…
Relire n’est jamais vraiment recommencer
Finalement, c’est peut-être aussi ce qui rend certaines lectures aussi précieuses.
On peut reprendre le même livre dix ans plus tard. Retrouver les mêmes mots, les mêmes personnages et la même histoire. Pourtant, nous ne sommes plus le lecteur ou la lectrice que nous étions la première fois.
Et lorsque le roman repose sur un mystère, une révélation ou une construction particulièrement ingénieuse, quelque chose est définitivement perdu après la dernière page : l’inconnu.
En contrepartie, la relecture nous offre autre chose. Les indices que nous n’avions pas remarqués. Des phrases qui prennent soudain un autre sens. Une construction que l’on comprend mieux.
C’est une autre expérience.
Mais si quelqu’un invente un jour une petite machine permettant d’effacer uniquement le souvenir d’un livre pendant quelques heures…
J’ai déjà ma liste ! 📚
Et vous ? Quel livre aimeriez-vous pouvoir oublier complètement, juste pour avoir la chance de le lire une nouvelle fois ?
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