À l’époque des meurtres de Whitechapel, la police, les journaux et d’autres institutions reçurent des centaines de lettres en lien avec l’affaire. Quelques-unes, de personnes bien intentionnées, offraient des conseils pour capturer le tueur. La plupart n’étaient d’aucune valeur.
Le Public Record Office conserve actuellement plus de deux cents missives d’époque, échantillonnage des centaines de lettres prétendument rédigées par le tueur. Parmi tous les écrits reçus par les autorités et les institutions, trois se distinguent particulièrement : la lettre « Dear Boss », la carte postale « Saucy Jacky » et la lettre « From Hell ».
Dear Boss
La lettre « Dear Boss », datée du 25 septembre, fut oblitérée le 27 septembre 1888 et remise à la Central News Agency de Londres la même journée, qui la transmit à Scotland Yard le 29 septembre.
Au premier examen, la police crut qu’il s’agissait d’une plaisanterie de mauvais goût, mais lorsque le corps de Catherine Eddowes fut découvert le 30 septembre avec une oreille partiellement coupée, des enquêteurs se rappelèrent la promesse de «couper les oreilles de la femme» et ils prêtèrent plus d’attention à la lettre. Cependant, la coupure à l’oreille sembla accidentelle et la promesse d’envoyer les oreilles à la police ne fut jamais remplie.
C’est dans cette lettre que le surnom « Jack the Ripper » (« Jack l’Éventreur ») apparaît la première fois, et ce surnom devint internationalement notoire lorsqu’il fut abondamment repris dans les médias.
La plupart des lettres postérieures imitèrent le style de la lettre « Dear Boss ». Quelques auteurs avancent qu’une autre lettre, datée du 17 septembre 1888, est la première à avoir utilisé l’expression « Jack the Ripper », mais la majorité des spécialistes pensent que c’est une tromperie introduite dans les dossiers de la police au cours du xxe siècle.
Saucy Jacky
La carte postale « Saucy Jacky » fut oblitérée le 1er octobre 1888 et remise le même jour à la Central News Agency. L’écriture manuscrite ressemble à celle de la lettre « Dear Boss ». Elle disait que deux victimes seraient tuées presque en même temps, « évènement double cette fois-ci», qui pouvait faire allusion aux meurtres d’Elizabeth Stride et de Catherine Eddowes. Des gens dirent qu’elle avait été postée avant que les deux assassinats ne fussent connus du public, ce qui excluait la possibilité qu’un excentrique pût en avoir entendu parler, mais elle avait été oblitérée plus de 24 heures après les meurtres, dont les détails étaient largement connus des journalistes et des habitants du coin.
From Hell
George Lusk, président du Whitechapel Vigilance Committee, reçut la lettre « From Hell » le 16 octobre 1888. L’écriture et le style diffèrent de la lettre « Dear Boss » et de la carte postale « Saucy Jacky ». La moitié d’un rein, conservé dans un « esprit de vin » (éthanol), avait été remis en même temps que la lettre.
L’auteur écrivit qu’il avait « frit et mangé » l’autre moitié. Pour certains, la moitié de rein provenait du corps d’Eddowes, car son rein gauche avait été retiré par l’assassin ; d’autres affirmèrent plutôt qu’il s’agissait d’une farce macabre. Le médecin Thomas Horrocks Openshaw, du London Hospital, examina le rein ; il établit qu’il était d’origine humaine et provenait du côté gauche mais ne put établir ni l’âge ni le sexe de l’hôte.
En conclusion :
Le 3 octobre, Scotland Yard publia des copies de la lettre « Dear Boss » et de la carte postale « Saucy Jacky », dans l’espoir que quelqu’un puisse identifier l’écriture manuscrite. Dans une lettre envoyée à Godfrey Lushington, Sous-secrétaire d’État permanent pour le Home Department, le chef de la police Charles Warren écrivit :
« Je pense que toute cette affaire est un canular mais nous sommes en tout cas tenus, bien évidemment, d’essayer de trouver qui a écrit ces lettres ».
Dans l’édition du 7 octobre 1888 du quotidien Sunday Referee, George Robert Sims mentionna de façon implicite et cinglante que la lettre et la carte postale avaient été rédigées par un journaliste dans le but « de propulser dans la stratosphère le tirage d’un journal ».
Plus tard, la police déclara avoir identifié un journaliste comme l’auteur des deux écrits. Le journaliste fut identifié comme Tom Bullen dans une lettre du 23 septembre 1913 du chef inspecteur John Littlechild expédiée à Sims.
En 1931, un journaliste du nom de Fred Best confessa avoir rédigé les écrits pour « maintenir les affaires à flot ».